Construire, organiser la chronologie en cinquième

 

 

 

Point de départ

La fin d'un roman pour la jeunesse, La citadelle du vertige, d'Alain Grousset, œuvre ayant fait l'objet d'une étude collective, est à l'origine d'un questionnement sur la chronologie.
En effet, ce roman se termine par un épilogue, situé douze plus tard. Deux courts retours en arrière, par l'intermédiaire des souvenirs de celle qui est devenue la femme du héros, apprennent au lecteur ce qui s'est passé durant ces douze ans et notamment comment le héros a survécu. Le travail s'est organisé autour de deux axes :

Ce temps est très flou dans la tête des élèves, ils ne savent vraiment ni le nommer, ni expliquer sa formation, ni le situer dans le système de la conjugaison. Une heure est alors centrée sur la morphologie du PQP, sa place dans le tableau de conjugaison de l'indicatif.
A partir de là, je décide de consacrer une séquence à la chronologie bouleversée, notion qui figure au programme du cycle central. Mon objectif est de faire réfléchir les élèves aux ressources de la langue pour exprimer le temps dans des formes discursives et de m'attacher plus particulièrement en cinquième, à la valeur du PQP.
La démarche consiste à m'appuyer sur ce que connaissent et savent faire les élèves avec le langage pour ensuite leur faire prendre de la distance et les amener à réfléchir à la langue.

 

Retrouver la chronologie des faits

Je choisis de travailler à partir d'un genre de texte précis, les faits divers. Ces textes, courts, offrent un récit complet, dans lequel sont mis en valeur, en début d'article, les éléments destinés à accrocher le lecteur, tandis que les circonstances sont données dans un retour en arrière utilisant le PQP. Le manuel des élèves (Belin, Français 5e) en propose quelques uns ; j'en utilise un en classe, un autre sera donné en travail personnel à la maison.
La consigne est double : retrouver la chronologie des faits dans la réalité et chercher pourquoi le journaliste a choisi d'organiser ainsi son article.
Les élèves travaillent en groupe de quatre, la mise en commun au tableau, reprenant l'idée de plusieurs groupes, se fait sous forme de frise chronologique. Pour l'essentiel les élèves sont d'accord sur l'ordre chronologique. Ils s'appuient essentiellement sur leur expérience du temps et la logique des actions. Une seule élève évoque le PQP sans très bien expliquer s'il lui a servi.
Sur la visée du journaliste, un élève veut tout de suite s'exprimer pour son groupe. Il apporte à la classe son expérience de lecteur de journal. S'étant présenté non-lecteur en début d'année scolaire, il avait finalement déclaré qu'il lisait un peu les articles de sport. Il explique alors que "C'est toujours comme ça dans les journaux, on donne le plus important au début, c'est ça qui est intéressant" "En général, on lit pas tout, juste le début ."
Dans les frises chronologiques, je fais repérer aux élèves les verbes au PQP et les amène à découvrir sa valeur pour dire l'antériorité.
A l'issue de l'étude, des deux articles sont mis en relation :

 

Organiser la chronologie

Dans un second temps, j'utilise un troisième article que je présente aux élèves sous forme d'une liste chronologique au présent avec comme consigne : Ecrivez un article de fait divers pour intéresser le lecteur.

Les premiers jets témoignent de réalisations très diverses.

  1. 1. Des élèves ont bouleversé la chronologie sans écrire un texte. Ils ont gardé la forme de la liste en déplaçant en tête ce qui était propre à accrocher le lecteur ou bien ils ont assimilé la liste à un texte puzzle, dont ils avaient l'expérience, en plaçant des chiffres devant les éléments de la liste pour réorganiser l'ordre.
  2. 2. D'autres ont rédigé un texte sans réorganiser la chronologie ou, autre cas, en bouleversant la chronologie mais sans utiliser le PQP. Quelques uns ont utilisé le PQP dans le retour en arrière.
  3. Certains élèves ont mis un titre à l'article. Ce titre se réfère presque toujours à l'élément dramatique propre à retenir l'attention du lecteur.

    Un échantillon de ces premiers jets est renvoyé à la classe sous forme de photocopies. En groupe de trois les élèves doivent dire ce qu'ils pensent de ces "articles". La mise à distance permet aux groupes de pointer ce qui ne va pas. C'est à partir de ces avis inscrits au tableau que sont rédigées collectivement des consignes de réécriture :

    Dans une séance suivante, un travail sur une lettre, reproduite dans le manuel, permettra de revisiter tout cela puis d'établir une distinction entre les repères de temps absolus et relatifs.

     

    Retour réflexif sur la séquence

    premier temps : il s'agit d'établir un sommaire de la séquence et, pour la séance suivante, de chercher un titre.
    deuxième temps : titrer la séquence. Parmi les propositions qui sont notées au tableau puis regroupées, en voici quatre représentatives du niveau où se sont situés les élèves dans cette séquence :

    Personne n'a proposé un titre en relation avec les faits divers. A partir de la fin de La citadelle du vertige (édition Belin, 5ème) et des articles, tout le monde a été capable de généraliser et de comprendre que l'objet d'apprentissage se situait ailleurs.
    Oralement, les élèves ont été invités à critiquer les propositions et les intéressés à les justifier. Le débat oral, la confrontation entre pairs, est le seul moyen que j'ai trouvé pour tenter de faire prendre conscience aux élèves, des différents niveaux où ils se situaient les et les autres et tenter de faire percevoir quel était l'objet d'apprentissage pour les auteurs des titres construire/organiser la chronologie. Les premières réactions manifestaient surtout le souci de savoir qui avait "bon", qui avait "faux". Ensuite nous avons pu voir qu'il s'agissait de perceptions différentes de l'activité, perceptions plus ou moins restreintes ou plus ou moins englobantes. L'apport de l'élève auteur de "Construire la chronologie" a été considérable. Il a été capable d'expliquer son titre du point de vue de la lecture : le lecteur construit la chronologie en cherchant des indices dans le texte (nous travaillons beaucoup en lecture sur cette notion d'indice et sur les instructions ainsi données au lecteur) et du point de vue de l' écriture : il faut mettre des repères pour que le lecteur puisse retrouver la chronologie.

     

     

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