
Faire entrer tous les élèves dans le monde de l’écrit et l’usage spécifique de l’écrit est un enjeu essentiel de l’école car cela conditionne la réussite scolaire et l’intégration sociale. Si les élèves issus des classes moyennes ont accès à cet usage de la langue dans leur cadre familial, social, en revanche, pour les élèves de milieux populaires, il se construit essentiellement à l’école et nécessite un apprentissage. Or, toutes les situations d’écriture proposées dans les classes ne le permettent pas. Il arrive que des élèves mettent simplement de l’oral à l’écrit ou soient dans la production d’écrits selon des genres normés, guidés par des grilles critèriées. Ils n’ont pas pour autant appréhendé les spécificités de l’écrit :
En arrière plan, cette question de l’entrée dans le monde de l’écrit fait écho aux travaux de l’ethnologue Jack Goody et notamment à son ouvrage La Raison graphique, éditions de Minuit, 1977, « Écrire ce n’est pas seulement enregistrer la parole, c’est aussi se donner le moyen d’en découper et d’en abstraire les éléments, de classer les mots en liste et combiner les listes en tableaux. N’y aurait-il pas une manière de proprement graphique de raisonner, de connaître ? Les modes de pensées ne sauraient être indépendants des moyens de pensée. » (extrait de la quatrième de couverture). Ainsi Goody parle de « technologie de l’intellectuel ».
Peu des pratiques pédagogiques proposées dans ce dossier n’ont pour seul objectif cet usage de l’écrit, il y est, dans la plupart des cas, intriqué à d’autres objectifs d’apprentissages et son appropriation par les élèves s’inscrit dans la durée. Cette appropriation est faite d’expériences cumulées dans plusieurs disciplines où l’écrit se banalise. Dans les différentes contributions, la problématique de ce dossier ne représente qu’un moment de la séquence d’apprentissage, soit en amont (pour explorer le déjà-là, les représentations des élèves …), soit en cours (pour mesurer où en sont les élèves, travailler sur un obstacle …), soit à la fin (lors par exemple de bilans). Les enseignants articulent souvent plusieurs dimensions de l’écrit : l’écrit pour travailler/penser, les genres propres à une discipline, l’acquisition de concepts, l’appropriation des normes linguistiques …
1 Bucheton Dominique, Chabanne Jean-Charles, « Aider les élèves à développer des pratiques d’écriture proprement scolaires », XYZ n° 10, INRP, 2001.
2 La notion de secondarisation est référencée aux travaux de Bakhtine et spécialement à la distinction qu’il établit entre genres premiers et genres seconds ; elle a été développée notamment par Elisabeth Bautier, Bernard Lahire…
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